village Aourir 15310 Algerie
30/08/2008 21:39 par aourir
L'origine de l'appellation de la famille régnante du royaume de Koukou « Oulqadi », remonte à leur aïeul Abou El Abbas El Ghobrini né en 1246 au village Aourir du âarche des Ath Ghobri, actuellement le territoire d'Azazga, qui exerçait en qualité de « qadhi - Juge » et également conseillé auprès des souverains hafsids au niveau de la capitale des hammadite Béjaia, assassiné en 1305, qui donna par la suite le nom patronymique de la famille en raison de sa fonction de juge.
Cela alors que l'origine de l'appellation du royaume de Koukou qui s'étendait sur une grande portion du littoral algérien, de Béjaïa à Chlef, jusqu'à Blida et l'Ouarsenis en passant par la Kabylie.
Lorsque les Espagnoles s'emparent de Vgayeth (Bejaïa) en 1510, la famille régnante des Hafsides est en déroute. Si-Ahmed Ath el Kadi organise alors la résistance, et réussit à stopper l'offensive ennemie. Il a légitimé son autorité par le maniement du sabre et devient, en 1514, le premier souverain de Koukou. Ahmed Ath el Kadi avait le soutien des Ath Khellili, Ath Bou Chaïeb, Ath Igawawen, Ath Yahia, Ath Idjer, et bien sur les Ath Ghobri, il devint ainsi le roi (Aguelid) de Koukou.
Selon Marmol et Carjaval, au début de son histoire le royaume disposait d'un corps régulier de 5000 arquebusiers et 1500 cavaliers et d'autres troupes d'hommes issus du pays sachant manier les armes. Avant 1518, le royaume de Koukou faisait alliance avec Barberousse. À la suite de leur rupture en 1518, le royaume va perdre de son influence à cause de l'essor d'un autre royaume Berbère, celui des Ath Abbes (dont est issue la famille Mokrani). Ce royaume devient un concurrent et ennemi de Koukou, situé sur la rive orientale de la Soummam, il s'étend jusqu'au Sahara. Il rivalise avec les plus grandes villes sous l'influence croissante de la Régence d'Alger dans l'est (Jijel, Collo, Constantine).
Le domaine de Koukou sera ainsi réduit à un territoire correspondant à la Grande Kabylie actuelle qu'il conservera au cours des siècles suivants. La rivalité entre Koukou et Ath Abbès nous rappelle celle des Almohades et les Almoravides, des dynasties Berbères qui s'entretuaient pour le pouvoir. Au lieu d'unifier leurs forces contre les ennemis communs, les envahisseurs de la Régence d'Alger et Espagnol, les deux principautés Berbères se sont entretuées au point de tout perdre.
En 1520, Ahmed Ou El Kadi repousse les détachements des milices de Khair-Eddine Barberousse qui multipliaient les incursions dans la vallée du Sébaou et contraint le chef à fuir pour se réfugier à Djerba en Tunisie. Il occupe Alger jusqu'en 1524 (certaines sources avancent 1527). Les Algérois, excédés par les rigueurs de la nouvelle autorité d'Ahmed implorent Khair-Eddine Barberousse de les délivrer, ce dernier vint à leur secours à la tête d'une nouvelle armée. Si Ahmed Ath El kadi part à sa rencontre pour le combattre. Quelques heures avant d'attaquer les positions ennemies, Ahmed Ath El Kadi fut assassiné par un membre de sa garde rapprochée qui fut selon les historiens, allié de la Régence d'Alger, à Tizi-Nat-Aïcha (Thénia) où il avait dressé son bivouac, sa tête fut coupée et promenée à travers Alger sous la domination de la Régence d'Alger.
En 1529, Si-Hocine Ath El kadi, frère de Ahmed Ath El kadi, fut nommé Roi de Koukou et reprendra le commandement de l'armée Kabyle pour organiser la défense contre les forces de la Régence d'Alger devenues les maîtres d'Alger, jusqu'en 1546.
En 1546, Si-Amar Ath El kadi succède à son père. Il règnera jusqu'en 1618, date de son assassinat par son frère Mohamed qui s'empare du Trône. Si Amar Ath El Kadi écrit au roi Philippe II d'Espagne qu'il disposait de 100.000 hommes. Cette armée est souvent employée, soit contre la Régence d'Alger, soit dans le cadre d'alliances avec l'Espagne soit contre le royaume rival des Ath Abbes.
La succession des Ath El Kadi sera assurée par les Iboukhtouchen. L'hypothèse la plus vraisemblable et la plus communément admise étant que les Iboukhtouchen et les Ath El Kadi ne sont pas de la même famille.
Durant son règne, Si-Ahmed Atounsi Boukhetouche repousse les incursions des janissaires et réussit à sauvegarder l'indépendance de son royaume. À défaut de soumettre la Kabylie, la Régence d'Alger se contente alors de la contenir.
A la mort de Si Ahmed Atounsi Boukhetouche, en 1696, la famille est déchirée par une sanglante guerre de succession. Ce chef avait deux fils, le premier du nom d'Orkho qui s'établit à Ifnayen (Fenaïa) qui donna naissance à la lignée des Orkho « ceux d'en haut », et l'autre, Si Ali qui succéda à son père Si Ahmed en 1696-97 fut le chef de la lignée « ceux d'en bas ». Les deux lignées, donc les deux frères, furent tout le temps en guerre, ce qui les fragilisa, une fragilité dont profita la Régence d'Alger.
Fragilisée par les divisions, la Kabylie devient une proie accessible aux visées de la Régence d'Alger. À partir de 1720, Ali Khodja (commandant de la Régence d'Alger) organise le Makhzen des Amraoua, dans la vallée du Sébaou, avant de partir à l'assaut des dernières poches de résistance kabyles et leur anéantissement définitif.
En 1730, la dynastie de Koukou est vaincue. La Régence d'Alger commença par installer des postes avancés dans les plaines de la Grande Kabylie, qui passa dès lors sous son influence.
Niché au cœur des paysages enchanteurs de la Kabylie, Aourir est un hameau empreint de mystère, où le temps semble s'être arrêté. Ses vieilles bâtisses, aujourd'hui abandonnées, racontent des histoires de gloire et de résistance. Ce village, entièrement délaissé, conserve son authenticité et son charme d'antan. Les pierres et les tuiles, restées intactes, témoignent d'un passé riche et vibrant.
La colline odorante qui l'entoure a été le témoin silencieux des batailles et des faits d'armes qui ont marqué l'histoire de la région. Grâce à sa position stratégique, Aourir a joué un rôle crucial durant la guerre de libération nationale. Entre 1957 et 1959, le village est devenu un centre de transit pour les combattants de l'Armée de Libération Nationale (ALN), se dirigeant vers les postes de commandement de la wilaya III dans les maquis de l'Akfadou. Il a également subi les assauts des soldats du 27e Bataillon de Chasseurs Alpins (BCA), laissant une empreinte indélébile sur son histoire.
L'architecture kabyle traditionnelle d'Aourir offre un témoignage unique de la vie quotidienne kabyle d'autrefois. Les ruelles et maisons du village reflètent une richesse patrimoniale rare, où les aspects architecturaux, économiques et sociaux s'entrelacent harmonieusement. Ce patrimoine exceptionnel transporte les visiteurs à travers le temps, leur permettant de découvrir une époque révolue et un mode de vie ancestral profondément enraciné dans l'histoire collective kabyle.
ⵣ Hommage aux martyrs d'Aourir ⵣ
Derrière chaque pierre silencieuse de ce village repose un souvenir sacré. La majorité des jeunes d'Aourir ont fait don de leur vie pour la patrie. Tombés au champ d'honneur, ils ont payé de leur sang le prix de notre liberté. L'armée française les a arrachés à la vie à un âge où l'on rêve encore d'avenir : moins de 20 ans ou tout juste dans la vingtaine. Des adolescents devenus hommes par le sacrifice, des jeunes gens qui n'ont pas eu le temps de vivre mais qui ont eu le courage de mourir pour que l'Algérie reste debout, fière et libre. Que leur mémoire soit éternelle. Que la terre d'Aourir soit légère à leurs âmes. À nos martyrs, nous devons tout. Nous n'oublierons jamais.
La Grotte d'Ifri n'Dlal, avec ses inscriptions en écriture libyque remontant à l'époque du roi Massinissa (IIe siècle av. J.-C.), témoigne de la présence de la civilisation amazighe (berbère) dans cette région, à l'époque de la Numidie.
De nombreux savants et chercheurs se sont rendus au monument pour déchiffrer le sens du message sans succès. La grotte d'AOURIR garde son mystère en attendant son Champollion.
Une découverte a également eu lieu en 1925 au village voisin Tala-Gala. Il s'agit d'une tablette (rocher) dont l'écriture est similaire à celle de la grotte d'Aourir. Un parallèle a été alors établi par les ethnologues allemands et français. Tala-Gala veut dire "fontaine de Gayâ".
(Père de Massinissa)
Le village est traversé par une voie romaine, dont le point de départ est Zeralda (Ouest d'Alger) et le point d'arrivée est Alexandrie en Égypte. Cette voie, réalisée au deuxième siècle après J.-C., a nécessité la mobilisation de 200 000 personnes (main d'œuvre militaire et esclave) durant plus de 30 années. Le réseau routier, dont on trouve encore des traces aujourd'hui, fut en grande partie achevé sous le règne de SETIME SÉVÈRE (Berbère devenu empereur romain entre 193 et 211 après J.-C.).
Ce lieu est notre mémoire collective. C'est une preuve de plus que l'on peut jeter à la face des révisionnistes et de ceux qui pratiquent le déni. Cependant, l'admirer et le visiter par un détour n'est pas suffisant. Ce site a une valeur inestimable tant sur le plan archéologique qu'historique et social. Si par le passé nos aïeux ont su nous le léguer intact, nous nous devons d'en prendre soin à notre tour... Sur Ifri n'Dlal, ce site et d'autres bien plus en piteux état encore, jusqu'à l'effacement total d'une mémoire, d'une culture et d'une identité.
La Kabylie regorge de sites historiques délabrés. Nous devons nous assumer face à l'imbécillité et au déni, dont personne n'ignore les fins, en prenant en main la sauvegarde et la valorisation de notre civilisation. Chacun de nous se doit de participer par tous les moyens à sauver notre patrimoine, car c'est notre mémoire à tous qui est en danger.
Des acquis que l'histoire nous a légués depuis des millénaires, pour ne jamais donner au temps l'occasion de nous effacer.